Chronique

 



 




Chronique
Un coup d’Etat parfait?

Nous ne cherchons pas, à travers cette chronique, à faire l’apologie d’un coup d’Etat, encore moins à assortir son exécution de circonstances atténuantes ou pour tout dire, à lui trouver des justifications et des excuses. Le coup qui a abouti, le 17 février, au renversement de Mamadou Tandja, à Niamey, n’aura surpris personne et restera vraisemblablement dans les annales comme un modèle.
Il est fort regrettable qu’on ait eu à déplorer des victimes. Trois ou dix comme cela se chuchote. Avec le temps, on finira par connaître le nombre

exact des pertes en vies humaines. Quant aux autres informations relatives à l’évènement, elles sont livrées avec parcimonie et sans précipitation, étalées sur une bonne dizaine de jours et provenant des mêmes sources. On a su le nom du Premier ministre, avant celui du chef de l’Etat qui a délivré son premier discours, au nom du Conseil suprême pour la restauration de la démocratie(CSRD), le 28 février. Le lendemain, un gouvernement de 20 membres (avec la présence de 5 femmes et de 5 officiers) a été mis en place sous la direction de Mahamadou Dandah. La nouvelle équipe gouvernementale ne compte pas un seul homme politique et pas un seul représentant de la société civile. La junte militaire semble éprouver une méfiance instinctive à l’égard de la classe politique nigérienne et des acteurs civils.

Combien de temps la transition va-t-elle durer? Motus. Les militaires évitent de dévoiler leurs intentions. Quant aux priorités, elles sont clairement définies: éviter la famine à plus de la moitié des 15 millions de Nigériens (qui n’ont plus que deux mois de réserves alimentaires), assainir la situation politique, confectionner une nouvelle Constitution, organiser des élections, réconcilier les Nigériens et restaurer la démocratie avant de retourner dans les casernes.

La communauté internationale applaudit des deux mains, se disant dans le fond de son cœur que parfois deux mauvaises actions en font une bonne. Les Etats Unis vont reprendre leur soutien humanitaire de 50 millions de dollars, quant à l’Union européenne, elle poursuivra volontiers le versement des 600 millions de dollars annuels qu’elle alloue au Niger.

Si les militaires nigériens tiennent tous leurs engagements, s’abstenir, par exemple d’être parties prenantes dans l’élection présidentielle, leur surgissement sur la scène politique n’aura pas été vain. Ils ont peaufiné leurs méthodes du contrôle du pouvoir par le haut. Expertise, sens de la communication et efficacité semblent marquer leur dernière intervention en une vingtaine d’années. Le peuple les accompagne. Il est à leur école. Il apprend, en attendant de conquérir avec ses propres moyens pour lui-même le droit s’exprimer. C’est une longue marche…



Chronique du 03 / 03 / 2010
  Julien Adayé















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