Le président a été conduit au Costa Rica, d'où il a pu parler à la chaîne de télévision latino-américaine Telesur. «Je suis à San José, au Costa Rica. J'ai été victime d'un enlèvement de la part de militaires honduriens (...) J'ai été trompé par l'élite militaire» a-t-il déclaré.Le chef de l'Etat hondurien a demandé à son homologue américain Barack Obama de préciser «s'il était derrière cela».«Si (Washington) n'apporte pas son soutien à ce coup d'Etat, il peut empêcher cette attaque contre notre peuple et contre la démocratie», a-t-il ajouté.
Barack Obama a immédiatement réagit et s'est dit «très préoccupé» par cette arrestation. Le président américain a appelé «tous les acteurs politiques» au Honduras à «respecter les règles démocratiques et la loi». Hugo Chavez, un des principaux alliés de Zelaya, dénonce un «coup d'Etat». L'Union européenne a demandé sa libération «immédiate».
Selon un voisin interrogé par la chaîne de télévision Radiocadena Voces, quatre commandos d'environ 200 soldats se sont rendus au domicile de Manuel Zelaya aux alentours de 06H00 du matin.Les militaires ont tiré «quatre coups de feu», puis sont repartis à bord de trois véhicules en direction de la base aérienne. La maison du chef de l'Etat était entourée par des dizaines de militaires fortement armés, a confirmé un photographe de l'AFP.
Climat de crise
Le chef de l'Etat avait décidé d'organiser ce dimanche une consultation populaire, malgré l'opposition de l'armée, du Parlement et de la Cour suprême, qui avait jugé ce scrutin illégal. Manuel Zelaya, élu en 2006 pour un mandat de quatre ans non renouvelable, avait convoqué les électeurs pour ouvrir la voie à une révision de la Constitution qui lui permettrait de briguer un deuxième mandat le 29 novembre.
Son projet était dénoncé par l'opposition mais aussi par des dirigeants du Parti libéral, la propre formation de Manuel Zelaya, qui a opéré un net virage à gauche après son élection comme président conservateur en janvier 2006 et est soutenu par des organisations populaires et indigènes.
Un climat de crise politique régnait dans le pays depuis le milieu de semaine, Manuel Zelaya ayant lui-même forcé jeudi l'entrée d'une base militaire pour récupérer les urnes qui y étaient entreposées. La veille, il avait limogé le chef d'état-major général, le général Romeo Vasquez, devant le refus des militaires de distribuer le matériel de vote. Jeudi matin, des troupes avaient été déployées dans la capitale, faisant craindre un soulèvement militaire, même si l'armée avait ensuite assuré vouloir seulement garantir l'ordre public.
Le Congrès national avait également évoqué la possibilité de son éventuelle destitution vendredi, avant de faire marche arrière en raison de l'absence de soutien des militaires.